Fuel on fire

200km/h même pas peur ! - Des stages de remise en question de la virilité plutôt que des stages de sécurité routière !

J'ai dû récemment participer à un stage de sensibilisation à la sécurité routière. Je me suis donc retrouvée pour 2 jours de formation avec d'autres personnes ayant elles aussi eu des déboires avec la gemmerderie.

Passons les critiques anti-flics habituelles et légitimes. Passons aussi le constat de l'augmentation des contrôles pour stupéfiants. Ça pourrait s’expliquer par une réponse du gouvernement à l’échec de démanteler les réseaux de trafic de drogues en plus de faire du fric.

Ce qui m'a frappé lors de ce stage, c'était la composition sociologique des participant.e.s : 87% d'hommes cis !!! Et c'est habituel… En termes de classes sociales c'est plutôt prolo dans l'ensemble (ouvriers, livreurs-chauffeurs et artisans du bâtiment qui sont plus souvent sur les routes que les CSP+). Des jeunes de 20 ans aux retraités de 70 ans. 30% de personnes racisées.

Les causes de leur participation ? Des retraits de points leur faisant encourir le risque de se retrouver à 0 point et perdre leur permis. La raison de ces retraits de points ? excès de vitesse, alcool, absence de ceinture ou encore téléphone au volant.

Et que je me vante que j'aime la vitesse, que j'ai une grosse bagnole puissante, que je me défoule au volant après un rdv de boulot stressant ! Et que les autres font n'importe quoi sur la route, prennent du temps à se garer ! Des démonstrations de virilité en veux-tu en voilà !

Et les animateurices qui n'abordent même pas la question du genre ! Ou l'effleurent à peine parce que je la mets sur le tapis ! On apprend que 83% des accidents mortels sont dus à des hommes…

Moi après ce constat, une question me vient à l'esprit : ne serait-il pas plus utile de proposer des stages de déconstruction de la virilité plutôt que des stages de sensibilisation routière à tous ces hommes honnêtement ? Quand on pense au coût de la virilité pour la société, on est même en droit de se dire qu'il en faudrait tout au long de la vie ! Y aurait plein de thunes pour financer des assos féministes plutôt que des clubs auto !!

Le contenu de la formation était plutôt bon cela dit, les animateurices nous incitaient à participer, en groupe, à l'aide de supports riches et clairs. On a appris plein de trucs, mais de là à ce que ça pousse ces hommes à changer de comportements, je suis dubitative… L'un d'eux a dit qu'il reviendrait l'an prochain faire un autre stage car il n'a pas l'intention de ralentir sa vitesse ! Un autre avait pas l'air de capter que 3 secondes à écrire un SMS à 130 sur l'autoroute ça fait plus de 100m à pas regarder la route! Chuis le plus fort il va rien m'arriver !

Je pense que le fond du problème ne sera pas résolu par ce genre de stages. Et il est à déplorer qu'ils n'incluent visiblement pas la grille de lecture du genre qui est pourtant si parlante ! On pourrait imaginer des ateliers autour de ce que représente la voiture à partir de photos par exemple, d’extraits de films, de publicité. Il pourrait y avoir des dispositions étatiques qui interdiraient aux concessionnaires la conception et la vente de grosses berlines puissantes capables d’aller jusqu'à 300km/h, la destruction des salons de l'automobile et de l'imaginaire de séduction hétérosexiste qu'on y trouve, etc., etc., bref si cette société patriarcale voulait vraiment s'attaquer aux racines du problème des accidents de la route, il faudrait qu'elle attaque le concept de virilité. C’est sûrement là que le bât blesse...

Les participants et animateurices prendront-iels le temps d'écouter le podcast des couilles sur la table "des hommes et des bagnoles" ? Allez, à défaut de changer ce monde, on peut au moins mettre des coups de pied dans la fourmilière…